470                       Les Spectacles de la Foire.
fers, pièce représentée au mois d'octobre de la même année. Mal­heureusement, l'année suivante, les voisins de Torre se plaignirent du danger auquel les exposait le voisinage d'un pareil spectacle, et l'autorité, leur donnant raison, en exigea la suppression. Ce fut alors que Torre (1768) s'imagina d'ouvrir un nouveau spec­tacle dans le goût du Waux-hall de Londres. Il l'appela les Feves foraines, mais le public le nomma toujours le Waux-hall de Torre. C'était un établissement réunissant divers genres de distractions, telles que décorations brillantes, illuminations, concerts, mâts de cocagne au haut desquels pendaient des jambons et saucissons, prix du vainqueur, - scapinades ou danses pantomimes exécutées par des . hommes enfermés dans des sacs, et surtout des boutiques de fu­tilités tenues par une collection de jolies femmes choisies avec soin. A tous ces divertissements Torre ajouta encore la représen­tation de courtes scènes de parade jouées sur un petit théâtre par des acteurs assez bons et qui furent très-applaudis. A mesure que les recettes augmentaient, l'entrepreneur des Fêtes foraines ajou-, tait quelque embellissement nouveau à son Waux-hall, auquel il donna bientôt le nom de Feves de Tempe, et qu'il ouvrit avec une magnificence inouïe le 24 mai 1769. Le récit de cette soirée nous a été transmis par un contemporain et voici en quels termes il en est parlé dans les Mémoires secrets : « 24 mai 1769. Tous les princes du fang, tous les minifires, les principaux magiftrats chargés de la police de Paris, fe font rendus hier à minuit chez le fleur Torre dont le fpectacle devoit s'ouvrir aujourd'hui fous le nom des Fêtes de Tempe; on a fait un effai de l'illumination et du coup d'œil qui en réfulteroit. Il paroît que cet artifte ingénieux a eu les fuffrages des grands du royaume et a reçu une approbation générale. Le public a vu avec une fatisfaction complète le gouvernements'in-téreffer à fés plaifirs et les hommes d'État les plus occupés fe dé­rober à leurs travaux importans pour veiller fur cette partie de l'adminiftration, qui en étoit une effentielle chez les Romains et que ne dédaignoient pas les fages et les héros.
« Ce fpectacle s'eft ouvert en effet ce foir avec le concours qu'at-